Ce
n’est pas dans la région de Diourbel que l’on rencontre
le plus de décès maternels, mais le taux de mortalité
maternelle y reste encore très élevé (590 décès
pour 100.000 naissances vivantes contre 510 décès pour
100.000 naissances vivantes au plan national). Pour le médecin-chef
de la région médicale de Diourbel, le Dr Malick Sarr,
au moins trois raisons expliquent le taux élevé de la
mortalité maternelle dans le Baol.
Il
y a d’abord l’analphabétisme et les réalités
socioculturelles. Ensuite, on note les facteurs socio-économiques
et, enfin, la mortalité des mères qui donnent la vie
est liée à la qualité des services. De nombreuses
femmes ignorent l’importance des consultations prénatales
au moment de leur grossesse à cause du manque d’informations.
Ces femmes sont souvent analphabètes ou sous-scolarisées.
Beaucoup d’entre elles accouchent à domicile. Cela est
à mettre en relation avec les conditions économiques
difficiles et avec certaines croyances ou tabous.
Par
ailleurs, l’évacuation tardive des patients vers les
postes de santé, les structures intermédiaires et
de référence, occasionne de nombreux cas de décès
et de malnutrition, souligne le médecin chef. Tout cela ajouté
à la pauvreté, elle même accentuée par
la multiparité ou la polygamie, ne permet pas une prise en
charge correcte des problèmes de santé et le suivi
des consultations prénatales dans les ménages.
D’autres
facteurs expliquent le taux élevé de la mortalité
maternelle à Diourbel, indique Dr Malick Sarr. Il s’agit
des mariages précoces et des grossesses en âge très
avancé en plus de la quantité et de la qualité
des services. Le personnel est insuffisant. Il manque surtout des
spécialistes. La région de Diourbel ne dispose que
d’un seul gynécologue, souligne le Dr Malick Sarr qui
précise également “ que le plateau technique
est insuffisant ; le manque d’organisation des structures et
l’accueil ne sont pas de nature à assurer une prise
en charge correcte des patientes ”.
La
mortalité maternelle est aggravée par les prestations
de soins illégaux et l’utilisation des médicaments
illicites. A Touba, on enregistre le plus grand nombre de cas de
mortalités maternelles dues à des crises déclamsie
à cause de la salinité de l’eau. Les autorités
sanitaires de la région préconisent la poursuite de
l’information et la sensibilisation, l’amélioration
du plateau technique, la formation du personnel et de la qualité
de l’accueil et aussi la démultiplication des consultations
prénatales aux infirmiers chefs de poste (ICP), pour une
meilleure surveillance des grossesses et pour l’évacuation
des patientes à temps opportun.
Il
y a également la formation en planification familiale et
en information, éducation et communication. Des efforts,
selon Dr Malick Sarr, sont en cours sur les micro-nutriments, d’accentuer
la lutte contre les prestataires irréguliers avec la mise
en place d’un dispositif de surveillance. Aussi, est-il urgent,
comme solutions, de renforcer la présence de spécialistes
dans la région, de construire 10 nouveaux postes de santé
dans les 5 ans à venir avec l’appui des partenaires
au développement.
À
ces propositions, s’ajoute, comme l’a indiqué Mme
Aïssatou Coly, responsable de la planification familiale à
la région médicale, le renforcement du pouvoir économique
des femmes qui sont les principales victimes de la pauvreté
et de la malnutrition, surtout à Touba. Dans cette ville,
selon elle, les femmes en état de grossesse ne bénéficient
pas d’un suivi médical adéquat. Elle souhaite,
enfin, l’implication de maris dans la lutte contre la mortalité
maternelle.
SAËR GUEYE
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l'article original : www.lesoleil.sn/archives/article.CFM?articles__id=11724&index__edition=9522
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